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Réunion inter-réseaux du 7 janvier 2019

Faire converger les mobilisations écologiques et sociales : comment les réseaux citoyens peuvent agir ensemble ?


Participant.e.s : Gus Massiah (IPAM et CRID) ; Gilles Sabatier (ATTAC) ; Olivier Picot (CAC, ODASS et membre de la coordination des gilets jaunes de l’Essonne) ; Jean-Claude Boual, Nicole Picquart, Didier Minot, Gilles Rouby et Isabelle Boyer (CAC) ; Maurice Faÿ et Jacqueline Fihey (Esperanza 21 et CAC).
Excusé.e.s : Sébastien Bailleul (CRID), Marc Mangenot et Willy Pelletier (Copernic), Juliette Renaud (Les Amis de la Terre), Bruno Lamour (Les Jours Heureux), Jean-Baptiste Jobard (CAC).


Objectif de ce groupe

Face à une mobilisation écologique et sociale de grande ampleur, il est essentiel de faire converger la mobilisation sociale qui s’exprime à travers les gilets jaunes, la montée des revendications sectorielles, la mobilisation écologique qui s’est exprimée le 8 décembre à travers les marches pour le climat et la mobilisation des associations citoyennes. Cette réunion a pour but de voir comment nos réseaux peuvent contribuer à faire converger ces mobilisations. Chacun a un angle d’approche liée à sa sensibilité (dominante écologique chez les Amis de la Terre, économique chez ATTAC, syndicale et politique chez Copernic, associative au CAC), mais tous se retrouvent pour combattre la logique dominante du système qui est celle du capitalisme financier.

Des formes nouvelles et massives de mobilisation

On constate actuellement une multiplication de formes nouvelles et massives de mobilisation s’appuyant sur les réseaux sociaux pour lancer des actions collectives qui échappent à l’initiative des syndicats et des partis.

La marche pour le climat et les mobilisations écologiques
Les marches pour le climat ont rassemblé, le 8 septembre, puis le 8 décembre pendant la COP 24 plusieurs dizaines de milliers de personnes, partout en France, en réponse à l’appel citoyen pour « faire des enjeux climatiques une priorité du gouvernement », lancé après la démission de Nicolas Hulot. La mobilisation s’est faite de façon virale à travers les réseaux sociaux à l’initiative d’associations et d’O.N.G. comme des
amis de la Terre et 350.org. D’autres mobilisations se propagent par les réseaux sociaux, comme « nous voulons des coquelicots », lancé par FNE.
Le 8 décembre, les gilets verts et les gilets jaunes ont défilé ensemble dans de nombreuses villes, en appelant à lutter contre l’urgence climatique et l’urgence sociale. C’est cette convergence que les participants souhaitent amplifier.

Les gilets jaunes, un mouvement citoyen qui apprend vite
Qui sont les gilets jaunes ? Le témoignage d’Olivier Picot, membre du CAC, mais aussi participant à un rond-point à Palaiseau et membre de la coordination des ronds-points de l’Essonne, est très éclairant : « j’étais sur mes gardes au début, face à un mouvement présenté comme d’extrême droite, mais j’ai vu qu’il n’en est rien. Je participe 3 fois par semaine à la permanence sur le rond-point. Nous avons a mis en place une coordination au niveau de l’Essonne pour que les ronds-points discutent. Il n’y a pas d’identité sociale uniforme des gilets jaunes, mais une grande diversité, ce qui n’empêche pas une grande fraternité. Tous partagent une grande méfiance vis-à-vis des partis. Pourquoi cette attitude des gilets jaunes ? : Les médias leur répètent depuis 30 ans que « les partis c’est pourri. Les corps intermédiaire c’est pourri », et ils le croient. Les partis et les syndicats sont discrédités, mais il n’en est pas de même des associations, qui sont bien accueillies ».
Les gilets jaunes font preuve d’une grande intelligence collective. Ils sont conscients des problèmes de financement. Ils réclament une justice fiscale et écologique. Ils ont besoin d’éléments d’intelligence des situations. Par exemple, on a pu expliquer qu’avec la réforme du chômage et de ParcoursSup on forme une réserve de chômeurs qui va peser sur les salaires. Sur des sujets comme la taxe Tobin beaucoup sont prêts à l’accepter si on explique les raisons. On peut donc apporter des éléments d’analyse, mais pas des solutions toutes faites. Les gilets jaunes apprennent vite, et beaucoup sont passés en un mois et demi de la contestation de la taxe carburant à une remise en cause de la logique d’ensemble d’un capitalisme financier reposant sur l’inégalité fiscale et sociale, qui ne leur permet plus de vivre.
Pour les réseaux IPAM et au CICP, qui travaillent à l’international, cette orientation est une heureuse surprise car ce mouvement a réussi, tout en étant centré sur la question nationale, à éviter le piège du nationalisme et des migrations, contrairement au Brésil, à l’Italie et à l’Allemagne. Mais ce n’est pas gagné non plus. Cela donne une grande responsabilité aux associations citoyennes. Si les gilets jaunes et les mouvements écologistes échouent à infléchir la logique d’ensemble du système, il est certain que cette crise suscitera un renforcement des moyens de surveillance et de contrôle social qui rendra très difficile l’essor ultérieur de mouvement sociaux similaires.
Cependant, tout cela n’est pas aussi nouveau qu’on le dit. Il y a eu tout au long de l’histoire des révoltes fiscales, souvent réprimées dans la violence et dans le sang. Il faut regarder aussi au-delà de nos frontières.

Que demandent les mouvements sociaux ?

De très nombreuses revendications sont formulées par les différents mouvements sociaux. On peut les regrouper autour de 3 axes qu’il faut conjuguer :
- justice sociale et fiscale
- écologie
- démocratie.
À côté des mesures financières réclamant un revenu décent pour tous à travers une revalorisation des retraites, l’augmentation du SMIC et l’arrêt des hausses de charge dans tous les domaines, les revendications portent aussi une limitation du droit de propriété, l’encadrement du pouvoir des grandes entreprises et des banques, le retour à de véritables services publics.
L’exigence de justice fiscale se traduit par le retour de l’ISF, l’abrogation du CICE et de la flat-tax, mais aussi une lutte réelle contre l’évasion fiscale.
Pour enrayer le désastre écologique et réduire les inégalités, un autre mode de développement est nécessaire, qui articule justice sociale et fiscale, la démocratie et la préservation des écosystèmes, afin de conserver une alternative globale au système actuel : relocalisations, aide au développement des petites et moyennes entreprises locales et aux circuits courts, développement des logiques de coopération, de vivre ensemble et de démocratie.
Cependant, si nous savons relativement bien ce qu’il faudrait faire en matière de justice sociale et environnementale, la véritable rupture se situe sur la question de la démocratie. Les gilets jaunes expérimentent une forme de démocratie directe en refusant toute délégation de pouvoir. Cela n’est pas tenable à long terme sous cette forme, mais on peut d’ores et déjà être sûr que le mouvement des gilets jaunes va marquer de façon durable une évolution de nouvelles formes de la démocratie, que nous devons réinventer aussi bien au sein des associations que des syndicats et des instances politiques. On peut pour cela s’appuyer sur un certain nombre d’expériences locales novatrices mais le travail reste à faire.
Mises bout à bout, ces revendications constituent une exigence de changement total de perspective, de vision du monde et de système pour aller vers des changements structurels qui remettent en cause la perspective néolibérale, présentée comme seule possibilité. Les politiques d’assistance sont rejetées, et les demi-mesures accordées par le gouvernement sont de peu d’effet.
De l’avis général des participants à la réunion, il est prématuré de fournir clés en main un programme tout fait avant d’avoir écouté et participé aux débats au sein du mouvement social. Cependant, il est essentiel de fournir dès à présent des éléments d’analyse sur un certain nombre de questions prioritaires.

Quelles stratégies peuvent développer les associations ?

L’issue de la mobilisation en cours n’est pas certaine. On constate encore de nombreuses méfiances, des informations et des analyses sommaires ou fausses circulent sur les réseaux sociaux, certains experts ont du mal à descendre de leur piédestal. Il est essentiel pour les semaines qui viennent de favoriser les convergences et de faire mûrir les alternatives.
Les associations sont parmi les seules forces organisées audibles par les gilets jaunes. Elles ne doivent pas donner le sentiment de vouloir conduire le mouvement, mais fournir des éléments pour que chacun mène sa réflexion. En même temps, elles ont beaucoup à apprendre en écoutant, en participant aux débats. Nous pouvons apprendre les uns des autres et nous approprier chez l’autre des approches qui deviennent communes. Pour que la dynamique actuelle débouche sur une révolution, il faut que les consciences mûrissent dans l’ensemble de la société. Chacune de nos organisations a pour cela son travail propre à faire, mais dans une perspective commune qu’il s’agit de renforcer, avec le souci de favoriser les nécessaires convergences. Pour construire ces convergences, il faut agir ensemble, débattre et échanger.

Participer localement aux mobilisations et aux débats
C’est sur les ronds-points et les réseaux sociaux locaux que les associations peuvent le plus facilement jouer un rôle.
Participer aux mobilisations locales
Il est proposé à chaque mouvement d’inciter les membres des associations à participer aux permanences, aux échanges sur les ronds-points et aux débats en fournissant des éléments d’information, des petits documents de présentation, des tracts, dont souvent les groupes locaux de gilets jaunes sont demandeurs, des liens vers des petites vidéos, en se mettant à la disposition des groupes et en y participant activement.
C’est individuellement qu’on peut convaincre les gens, comme le montre le travail d’Olivier à Palaiseau. La force de nos mouvements est dans sa possibilité de démultiplier les initiatives des membres des associations sur le terrain.
Il est possible de cette manière de faire un travail d’éducation populaire en faisant progresser les prises de conscience, d’orienter les actions vers des luttes ciblées contre les multinationales et les plus riches, de s’opposer aux dérives xénophobes, etc.
Les associations peuvent également proposer la mise à disposition de locaux de moyens pour organiser les actions et les discussions.

Participer aux débats
La question de la participation au Grand débat ne fait pas l’unanimité.
De nombreuses mairies, à l’invitation du gouvernement, organisent localement un Grand débat auquel vont participer de nombreux responsables associatifs. Il est essentiel de leur donner accès à des éléments d’information et d’analyse, notamment sur quelques positions fortes et argumentées.
Cependant, beaucoup d’autres associations ou gilets jaunes ne participeront pas au Grand débat, et mettent en place des initiatives parallèles. En particulier, l’appel des gilets jaunes de Commercy à "des assemblées populaires partout" a reçu un large écho. Celui-ci appelle à refuser la récupération et à développer la démocratie directe, et à développer des cahiers de revendications et pas seulement de doléances.
Les militants de Commercy organisent chez eux le 26 janvier une Assemblée des assemblées, c’est-à-dire un rassemblement national des expériences de démocratie directe. Notre groupe a décidé d’y participer.

Etre présents sur les réseaux sociaux
Il est nécessaire de se brancher sur les multiples flux de communication développés localement par les gilets jaunes et par les autres mobilisations, sur Facebook, Telegram, Discord., Brut., etc. Par exemple, sur les réseaux sociaux de l’Essonne il y a 3 boucles : action, réflexion, logistique. Si on repère les adresses des boucles il est simple de poster des éléments lisibles en 5 minutes. Cela permet éventuellement de recadrer les débats, donner des éléments d’analyse et des liens. Cela implique une multitude de participations qui doivent être prises en charge localement.
Un apprentissage est pour cela nécessaire pour les militants les plus âgés qui ne pratiquent pas les réseaux sociaux, car ce mode de communication devient déterminant dans la mobilisation actuelle.

Organiser l’appui de nos réseaux citoyens

Il est proposé d’élargir le cercle constitué aujourd’hui pour faire une réunion plus large incluant tou.te.s celles et ceux qui sont sur les mêmes bases de transformation sociale afin d’apporter un appui coordonné à cette dynamique, chacun avec ses caractéristiques propres. Pour les participants, le CAC est légitime pour animer un groupe inter-réseaux sur ce projet. Cela se traduit par plusieurs actions :

Appui à la mobilisation locale
- Participer à la rencontre de Commercy du 26 janvier
- Informer sur les initiatives parallèles organisées sur certains territoires
- Demander aux associations qui participent au Grand débat officiel de faire remonter les informations.
- Fournir pour ces débats 2 ou 3 propositions fortes et offensives sur le fond afin d’essayer de les faire passer.
- Élaborer des petits documents permettant de faire un travail d’éducation populaire, par exemple sous forme de petite vidéo de 5 minutes qu’on met sur les réseaux sociaux.
- Organiser un point (téléphonique, mail, gare centrale…) chaque semaine avec les associations locales pour savoir comment ça se passe.

Participation au débat public
Emmanuel Macron s’apprête à envoyer une lettre aux Français aux alentours du 15 janvier. Il est proposé d’y répondre de la même façon en donnant par la même occasion des éléments de réflexion. Il est possible de commencer à travailler sur cette réponse avant même d’avoir la lettre, car la rapidité est essentielle dans cette guerre médiatique.

Etre présents sur les réseaux sociaux au niveau national
Il faut pour être entendu se brancher sur les multiples flux de communication sur Facebook, Telegram, Discord, Brut., etc.
- Prendre contact avec des gens qui savent comment travailler sur les réseaux sociaux (travailler avec des hackers, ou avec « Partager c’est sympa » (voir ici) qui faisait tous les matins une vidéo de 5 minutes au FSM de Bahia) et faire un mode d’emploi pour les associations.
- participer aux forums de discussions sur Facebook, Telegram, Discord, Brut., etc. pour éventuellement recadrer les débats, donner des éléments d’analyse et des liens.

Un outil de mise à disposition des informations
Il est proposé de mettre en place un outil de type Yeswiki, ou Gare centrale, où les associations peuvent trouver les informations dont elles ont besoin sur les différentes questions et en déposer aussi de façon simple. Le tableau de 4 pages envoyé pour la réunion peut constituer la trame de cet outil, mais n’a pas vocation à être fournie directement aux gilets jaunes. Il est envisagé de sélectionner 5, puis 10, puis progressivement 40 thèmes pour établir des fiches résumées.
- Olivier prépare l’outil qu’on pourra commencer à remplir
- Didier complète le tableau des propositions en y intégrant des propositions ou des témoignages émanant des gilets jaunes, mais aussi de participants aux marches pour le climat ou d’autres acteurs du mouvement social, et en indiquant des liens vers des documents plus longs et des sources plus détaillées.
Cependant, les sources sont souvent trop détaillées, avec des rédactions de type technocratique ou universitaire. Le problème sera de rédiger des articles courts et diffusables pour expliquer chacune des mesures de façon accessible.